Prompt engineering en derja : ce qui marche, ce qui casse
5 min de lectureL'équipe Tukai
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La quasi-totalité des guides de prompt engineering sont écrits en anglais, pour des prompts en anglais. Les techniques qu'ils décrivent — rôle, exemples, chaîne de raisonnement — restent valables ailleurs, mais elles reposent sur une hypothèse silencieuse : que la langue du prompt est normalisée, et que le modèle en a vu des quantités massives à l'entraînement.
La derja ne coche aucune des deux cases. Ce qui change les règles du jeu de façon assez précise pour mériter un article.
Pourquoi la derja est un cas particulier
Trois propriétés, chacune avec une conséquence directe sur la rédaction du prompt.
Elle n'a pas d'orthographe standard. behi, bahi, b7i désignent le même mot. Un
modèle qui a vu une graphie et pas les autres traite les variantes comme des mots différents.
Conséquence : la cohérence graphique à l'intérieur d'un même prompt compte plus que le
choix de la graphie elle-même.
Elle s'écrit en deux systèmes. Alphabet arabe (باهي) ou latin avec chiffres pour les
sons absents du latin — l'arabizi, où 3 note le ‘ayn, 7 le ḥa, 9 le qaf. Les deux
circulent, souvent dans la même conversation. Un modèle entraîné surtout sur de l'arabe
littéraire en écriture arabe est nettement moins à l'aise sur l'arabizi.
Elle est intrinsèquement mélangée. Une phrase tunisienne ordinaire contient de l'arabe,
du français, parfois de l'italien. Nheb na3mel un devis n'est pas une phrase mal écrite,
c'est du tunisien correct. Un modèle qui « corrige » ce mélange en arabe littéraire a
compris la demande de travers.
Les règles qui tiennent
1. Ne changez pas de système d'écriture en cours de prompt
C'est l'erreur la plus coûteuse et la plus facile à éviter. Un prompt qui commence en arabizi et bascule en écriture arabe demande implicitement au modèle de traiter deux encodages de la même langue. La qualité chute, et de manière peu prévisible.
Choisissez un système. Tenez-le sur tout le prompt, exemples compris.
2. Donnez le registre attendu, pas seulement la langue
« Réponds en tunisien » est sous-spécifié. Le tunisien d'un message à un ami, celui d'un courrier à une administration et celui d'une fiche produit n'ont ni le même lexique ni le même niveau de français incorporé.
Réponds en derja tunisienne, écrite en caractères latins,
registre parlé de tous les jours — comme un message WhatsApp
à un collègue, pas comme un communiqué.
Le gain vient de la comparaison explicite (« comme X, pas comme Y »), pas de l'adjectif.
3. Deux exemples valent mieux qu'une longue consigne
Sur une langue peu normalisée, décrire le style attendu marche mal ; le montrer marche. Deux paires question/réponse dans le prompt fixent d'un coup la graphie, le registre et le taux de français toléré — trois choses qu'une consigne en prose rendrait laborieusement.
C'est la technique du few-shot, et elle rend plus sur la derja que sur l'anglais, précisément parce qu'il y a moins de convention implicite à exploiter.
4. Laissez le code-switching tranquille
Si votre prompt contient un devis, la facture, le rendez-vous, ne demandez pas au
modèle de tout traduire. Demandez-lui explicitement de garder les termes techniques et
administratifs en français. C'est ce que font les locuteurs, et forcer l'arabe littéraire
produit un texte que personne n'écrirait.
5. Séparez la consigne du contenu
Vrai dans toutes les langues, mais critique ici : quand le contenu est lui-même en derja, un modèle confond facilement « ce qu'on lui demande de faire » et « le texte sur lequel le faire ». Un délimiteur explicite règle le problème.
Tâche : résume le message ci-dessous en trois points, en français.
--- MESSAGE ---
{votre texte en derja}
--- FIN ---
6. Testez sur les variantes, pas sur votre propre graphie
Vous écrivez chnowa, votre utilisateur écrira chnuwa ou شنوة. Un prompt validé sur une
seule graphie n'est pas validé. Rejouez vos cas de test avec au moins deux orthographes du
même mot-clé avant de considérer que ça marche.
Ce qui ne marche pas
Traduire son prompt anglais mot à mot. Les formules idiomatiques de la littérature anglophone (« think step by step », « you are a world-class expert ») n'ont pas le même effet une fois traduites : leur efficacité tient en partie à leur fréquence dans les données d'entraînement, qui ne se transporte pas.
Empiler les consignes de style. Passé un certain nombre de contraintes de registre simultanées, le modèle en respecte une et lâche les autres, sans le dire. Trois consignes de style tenues valent mieux que huit annoncées.
Supposer que « arabe » suffit. Demander de l'arabe donne de l'arabe littéraire. C'est une autre langue que le tunisien parlé, avec un autre usage social. Si vous voulez du tunisien, écrivez tunisien.
Le rapport avec Raya
Ces règles décrivent comment tirer quelque chose d'un modèle générique. C'est faisable, mais c'est du travail à chaque prompt — et l'essentiel de ce travail consiste à compenser le fait que le modèle n'a pas été préparé pour cette langue.
Raya, l'assistante de Tukai, déplace ce travail en amont : le registre, la graphie et le traitement du code-switching sont pris en charge par la configuration de l'assistante plutôt que par votre prompt. Vous écrivez votre question comme vous l'écririez à quelqu'un ; les règles ci-dessus restent utiles quand vous voulez un contrôle fin, pas pour obtenir une réponse correcte.
Le reste du workspace est décrit sur la page fonctionnalités, et la façon dont tout ça se facture en dinars sur la page tarifs.
Sur une langue sans orthographe standard, la cohérence de votre prompt vaut plus que sa longueur. Choisissez une graphie, tenez-la, montrez deux exemples.
Un chiffre faux ou périmé dans cet article ? Signalez-le : la correction sera faite dans le texte et datée en clair, à côté de la date de publication. C’est une règle écrite — voir la charte éditoriale.